Vagabond des mers du globe.

À l’assaut du Cabo Finisterre! – première partie.

Ce lundi 26 décembre, lendemain de Noël, le réveil nous fit tomber de nos hamacs aux alentours de 7h du matin. Nous devions rattraper la journée, enfin plutôt la semaine, passée à boire au lieu de recoudre la voile, changer les coulisseaux, câbler les leds etc.. J’avais fixé le départ à 9h pour concorder avec la marée et avoir le temps de passer le Cabo Ortegal en début d’après-midi afin d’éviter le coup de vent qui était annoncé en fin de journée et dans la nuit.

Biensur, nous étions plein d’entrain et de motivation et cela suffisait à nous faire oublier nos cuites et notre manque de sommeil. Ils nous fallait une petite semaine pour arriver à Lisbonne soit pile à temps pour fêter le nouvel an! L’idée de partir en convoi avec Anouk et Ugo mettait du piment dans l’affaire. 9h sonne, petit bilan: la voile est OK mais il nous faut encore souder deux trois trucs et checker la météo au bistrot. Ne jamais confondre OPTIMISME et ETHYLISME. Quelques bocadillos et chocolate con churros plus tard, nous regagnons le navire toujours plein d’espoir mais sans nos compagnons, leur moteur n’a pas apprécié les fêtes de Noël.. ils préfèrent attendre et réparer, on ne sais jamais. Les bons marins sont ceux qui sont prudents. (suivez leurs aventures ici: https://www.instagram.com/sailing_disoui/)

16h, Anouk, Hugo, René, James et sa femme sont réunis sur le ponton pour notre départ.

Là c’est la vision qu’ils ont de nous au même moment, adiós marineros!

Nous quittons Viveiro, le mousse avait la patate, il en aura bien besoin par la suite. On sort de la ría fleur au fusil, toutes voiles dehors, vent de travers établi de 10 à 12 noeuds. On plafonne à 7,8 noeuds de moyenne, la limite de carène, départ dans des conditions idéales. C’est sportif pour moi à la barre, mais c’est existant.

Durant les deux premières heures de navigation, dernières heures avant de plonger dans les ténèbres – qui tombent entre 18h et 19h en cette délicieuse saison – je suis grisé par la vitesse. Je sent que je suis surtoilé, mais le bateau aime ça, il donne tout ce qu’il a, alors je le pousse. 7,8 noeuds en permanence. On passe progressivement vent arrière en abordant le premier cap, là les trains de houle formée – 3 mètres – nous poussent pendant quelques secondes à la vitesse incroyable de 9 noeuds et quand le coup de barre est bien donné on aperçoit sur le GPS 11,7kn.. Les sceptiques diront qu’il y avait du courant, mais le capitaine sait ce qu’il était en train de se passer..

Là mer montait, on se retrouvait maintenant avec des creux de 4 mètres. Le vent suivait la cadence en tirant de plus en plus vers les 20 noeuds établis. La grand voile toujours haute, le génois toujours fièrement hissé. Dans les surf je perdait le contrôle du bateau si bien que l’on a plusieurs fois manqué d’empanner – action de faire changer la grand voile de bord au vent arrière: violente et dangereuse, c’est une maneuvre redoutée du marin car elle peut être fatale. Clément avait perdu son sourire, et lorsqu’il me suggéra sagement de réduire la voilure en me repprochant de ne plus rien maîtriser, je l’envoyait bouler, par fierté sans doute, et parce que dominé par la situation, je doutait quand à la façon d’effectuer cette prise de ris en sécurité: se mettre au travers risquait de coucher le bateau, les vagues déferlait derrière nous, je n’avais pas eu le temps d’enfiler un ciré et je commençais à me mouiller, je n’avais rien mangé depuis midi et il était 19h, le soleil avait disparu derrière l’horizon et la luminosité diminuait, j’avais quatres heures de sommeil dans les pattes.

Dans un surf je perd le contrôle, le bateau par en traver de la lame, j’essaye de le ramener dans l’axe, mais je n’y arrive pas. La grand voile empanne avec violence et se cale sur la retenue de bôme. Je crie au mousse de la relâcher – ce qui n’est pas simple car je l’avait très mal placée, il fallait monter sur le pont -, la pression sur la voile prise à revers est telle que je n’ai plus de barre, on risque de casser quelque chose. Il ne réagit pas, je lui gueule dessus mais les secondes qui s’écoulent ont déjà scellé le sort de l’espar. CRAK! La bôme se brise en deux et vient se plaquer contre le mât.

La situation n’était pas réjouissante. Malgré tout, si je ne suis pas encore un bon marin car j’ai commis pas mal d’erreur dans cette histoire, je pense être un bon capitaine: mon excès de confiance et ma fierté sont la plupart du temps une vanité mais dans un moment où beaucoup seraient tétanisés par la peur, je garde l’esprit clair et me jette dans la bataille sans y penser.

Je lutte un moment avec Clément pour le convaincre d’aller affaler les voiles. Depuis notre départ il avait décidé de faire les manoeuvres plutôt que de barrer et je l’avait laisser faire connement – ça lui fera la bite. Il a fait preuve d’un courrage que j’admire en affalant le génois, en le ferlant, à quatre pattes sur la plage avant alors que les vagues lessivait le pont dans la nuit sombre. Puis il est également allé endrailler le tourmentin – petite voile ou plutôt « string » super épais et renforcé spécial tempête. Pour la grand voile, il n’a rien voulu savoir – pourtant j’ai sorti mes plus mélodieux arguments – et à dû revenir sur sa décision: il allait barrer. J’aurais voulu qu’il s’entraîne à barrer plus tôt et dans d’autres conditions mais tempis, il a vite compris que la moindre erreur pouvais être très embarrassante et à fais son job comme un chef. Je tiens à préciser à ce moment là que les vagues de 5 mètres brisaient sur l’arrière du bateau, on a trouvé des éclaboussures jusque dans le carré, et que le vent s’établissait aux alentours de 25 noeuds, pointes à 35. Le bateau était difficile à manier. De mon côté, j’ai enfilé un ciré, pris mon couteau et suis allé descendre cette putain de bôme et cette putain de voile.


Là suite, je vous la raconte telle que je l’ai vécue, dans un demi sommeil. La manoeuvre avait durée plusieurs heures. Sous trinquette seule, on avançait à 5,5 neuds de moyenne, c’est dire comme toute cette toile avait été superflue. Clément, plus courageux que jamais, barrait toujours; le capitaine s’etait mouillé car habillé trop tard, impossible de me réchauffer, je tremblais de froid et chopais un mal de mer des plus coriace – j’ai vomi entre autre le contenu d’une canette de coca, je ne pensais pas que c’était possible. Tout ce que je me rapelles par la suite c’est que Clément essayait de se rassurer – sans mon consentement – en parlant à la Vhf, d’abord dans le vide, puis avec les agent du port de la Coruña. J’essayais de me réchauffer dans mon duvet et de dormir, donc de ne pas répondre au sollicitations du mousse. Puis le vent s’est calmé comme prévu passé le Cap Ortegal. Je crois que j’hésitais entre poursuivre avec la grand voile sans bôme et réparer à Lisbonne 4 jours plus tard ou, faire une escale et réparer à la Coruña dans 15 heures. Étant vraiment impuissant, Clém aillant l’air vaillant mais ne pouvant le relever, pour combien de temps? je choisi la seconde solution, pénible mais plus courte. On se retrouvait avec peu de vent mais de face, une grosse mer croisée, on mit le moteur, ça ballotait sévère. 1 noeud de moyenne. Je crois que j’ai dormi. Clém à bout de force m’a réveillé et j’ai barré. Le jour s’est levé et nous avons atterri au port de la Coruña.

Une seconde fois depuis le départ de Royan, ce satané Cap Finisterre s’était refusé à nous, nous étions dans un sale état et avions pas mal de boulot avant de reprendre la mer.. Mais la partie n’était que remise.

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