Vagabond des mers du globe.

Até breve Portugal

Bon, revenons à nos moutons. Je n’ai pas donné de nouvelles depuis six mois, mais il ne s’est pas rien passé durant ce laps de temps, je vous direz tout, c’est promis.

Reprenons où j’avais laissé l’affaire, nous sommes en septembre 2017 et je profite de la douceur portugaise pour me préparer à un long bord en solo vers les Canaries, il s’agira d’établir mon nouveau record en solitaire, le précédent étant établi à trois jours sans escale entre Cadix et Portimao, c’était il y a cinq ans.

Les outils pliés, Francisca m’accompagne dans la croisière entre Aveiro et Cascais. Après une sortie musclée de la ria, on se fait prendre dans la pétole et le brouillard jusqu’aux îles Berlingas, un magnifique petit rocher désert bordé d’eau limpide que les promoteurs touristiques s’accaparent la journée pour y faire débarquer les pinpins en mal d’exotismes.

On quitte le lieu rapidement pour entrer au port de Péniche, un totem dans ma vie de marin. C’est ici qu’en 2009 on amarrait, après 12 jours en mer, le « Crazy Horse »; nous avions essuyé une tempête mémorable dans le Golfe de Gascogne, j’étais sous les ordres du commandant Alain Perez et c’était la première fois que je faisait de la voile, une sacrée entrée en matière. A peine débarqués, nous nous étions rué dans le petit marché artisanal pour touristes situé juste en face du port et on y avait soigné notre mal de terre à la caïpirinha. Aillant amarré le bateau bien court le long d’un gros môle de pêche en béton, le capitaine et le mousse s’étaient trouvés bien dépourvus de ne trouver à leur retour dans la nuit que le bout du mât qui dépassait du quai, le navire étant 10 mètres en dessous; un marin bienveillant arrivé juste quand le voilier commençait à se suspendre avait détendu ses amarres, résultat une gueule de bois bien méritée et de nouveaux copains avec qui partager les barbecues des jours suivants.

Malgré ces bons souvenirs, Péniche ne me plais pas tant que ça, le tourisme bas de gamme qui s’y développe fait que tout est cher et de mauvaise qualité à proximité du port, mais on a pas de vent et on est coincés. On part se mettre au mouillage. Là je recommence mes expérimentation avec le cannot pneumatique. Je choisi de débarquer sur la plage de Supertubos, une plage réputée pour ses vagues de surf, un choix judicieux pour atterrir en toute sécurité… J’avais pourtant poussé le petit moteur à fond après avoir laissé passé la série de grosses, en comptant bien la houle, mais la vague nous a aspirés, a retourné le petit canot pneumatique comme une crêpe et nous a foutus à l’eau cul par dessus tête. Tout était répandu partout, sur la plage, dans l’eau, Francisca a eu la frayeur de sa vie et une fois de plus le petit moteur se retrouvait plein de sable et d’eau salée.

Enfin, le vent se met à souffler et on peut tirer un bord vers Cascais. Une vraie navigation sympathique avec du vent et pas trop de mer. L’arrivée de nuit sur Lisbonne est magique, toutes ces lumières agglutinées à flanc de falaise, la frénésie des grandes villes est palpable, et pourtant la mer est sombre et lisse, tranquille, il n’y a quasiment personne, le sentiment que la ville a été construite autour de l’eau pour nous y accueillir. On vient poser l’ancre à la voile aidé par une petite brise tiède.

Je reste presque trois semaines au mouillage dans la baie de Cascais. C’est une banlieue chic et excentrée de Lisbonne qui n’a pas grand intérêt, mais qui est jolie et paisible. Jamais deux sans trois, je continue les mésaventures avec l’annexe. En allant déposer Francisca au train, j’en profite pour passer la journée à Lisbonne ; pour qu’on ne me pique pas le canot et pour qu’il ne se fasse pas emporter par la marée, je le laisse sur une petite ancre. Autre connerie ; quand je rentre de nuit, le petit bateau est retourné dans les rochers de la digue, le petit moteur est éclaté, j’ai perdu le plancher et les rames. Les vagues ont grossi avec la marée montante et ont arraché l’ancre. Je vois Vénus au loin qui m’attend accrochée à son ancre et je me demande comment je vais faire pour aller dormir au chaud sans me mouiller – je précise que l’eau est froide au Portugal en septembre. Je vois, après un moment à tourner en rond, se diriger vers moi un des vigiles de la plage, un brésilien bodybuildé qui a sans doute flairé le bon plan puisqu’il essaye d’abord de me vendre une pagaie d’occasion, puis il a l’idée de m’amener jusqu’au bateau en pédalo, il appelle le jeune stagiaire pour nous aider. Nous voila lancés à minuit en pédalo avec ce qui reste de mon annexe fixée à la traîne à franchir les vagues, le stagiaire et moi pédalant sous les ordres d’une armoire à glace moulée un t-shirt trop petit que je trouve bien zélée mais pas vraiment courageuse. Je leur file une bouteille de vin pour les remercier et en me serrant la main le musclor me donne son nom : «Cannela»; j’en rigole encore.

Je passe les jours suivant à préparer la navigation vers les Canaries, 750 milles en ligne droite. J’ai calculé qu’au mieux je mettrais 5 à 6 jours, au pire une dizaine. Les coffres sont pleins de bouffe, le régulateur d’allure est prêt, je n’attends plus qu’une fenêtre de vents réguliers pour me lancer vers ce chapelet d’îles perdues dans l’Atlantique, le point le plus au sud de l’Europe de mon périple.

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1 Comment

  1. Yves Thery février 2018

    Salut Jules, content d’avoir de tes nouvelles. Je m’inquiétais de t’imaginer envasé au fond d’un port portugais … j’espère que tu auras un bon vent et que la mer te laissera passer sans rechigner. Prends des photos ou mieux des vidéos.
    Bon courage et profites en bien.
    Yves Thery

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