Vagabond des mers du globe.

Aveiro, on met Vénus au repos.

C’est en voyant les tarifs de la jolie marina de Vila Nova de Gaia, à l’embouchure du fleuve Douro, sur la rive opposée à la ville de Porto, que nous décidâmes de partir promptement. Les 27€ par 24h demandés par la capitainerie et l ‘atmosphère «tourisme international» de Porto, bondé d’asiatiques même au mois de janvier, n’avait pas réussi à nous séduire.

Il faut préciser que Clément avait tiré ses dernières cartouches et que j’arrivais pour ma part au bout de mes économies. Il allait falloir que je réfléchisse sérieusement à un moyen de remettre de l’or dans la caisse de bord, d’autant que j’avais encore quelques réparations et travaux à réaliser sur le navire; et comme vous allez le voir, l’occasion d’y penser arriva plus rapidement que prévue..

Petite navigation tout ce qu’il y a de plus agréable, quoique peu venteuse, pour un mois de janvier. 10 noeuds de vent, pas houle, du soleil. Je vise la ria d’Aveiro, à quelques dizaines de milles au sud de Porto; à Bordeaux, avant de partir, j’ai entendu parler de pontons d’une association au fond du chenal, et Alain, le gourou qui m’a initié à la voile, m’a envoyé un mail en me disant qu’il était dans la région.

Passé la longue digue qui s’avance dans l’atlantique, nous passons entre ce qui pourrait être un Lacanau-plage portugais, Barra, et une presqu’île type Cap-ferret. A ce titre, et par bien d’autres aspects, la ria pourrait être comparée au bassin d’Arcachon, salines et port de pêche industriel en plus. Au fond du chenal se trouve le ponton que nous espérions, celui de l’association AVELA dont il n’est fait mention dans aucune instruction nautique – et c’est tant mieux. Le lieu, friche industrielle à l’écart de la ville, me fait penser étrangement aux bassins à flots, autant dire que je me sens rapidement à la maison. En arrivant, nous avons droit à un cours sur la pêche, précisons que nos lignes ont toutes échouées jusqu’à présent.

L’état des troupes est plutôt maussade. Il m’apparaît vite que la course vers les Canaries devra être reportée. Joël ne reprendra pas la mer si le pilote automatique n’est pas réparé. Nous trouvons le lendemain une boutique d’électronique.

En attendant, Alain et sa femme Danièle fraîchement installés au Portugal, à 15 minutes d’Aveiro, nous proposent de les visiter. Nous passons quelques jours dans leur havre de paix, entre les eucalyptus et les orangers chargés de fruits.

Le verdict est sans appel, le pilote ne pourra pas être réparé rapidement pas un professionnel, je devrais m’y coller mais cela me demandera du temps. Joël, dépité, décide de rentrer à Paris. Alain me prête la Renault 5 de sa fille et avec Clément, nous conduisons notre compagnon à l’aéroport. Au retour nous décidons de découvrir un peu le paysage et l’on se perd par les petites routes.

Pendant cet épisode « road-trip », par manque d’argent et parce que les gérant de l’association me demandait de payer en avance pour le mois, j’avais laissé le bateau au mouillage dans un bras du chenal. Quelle ne fut pas notre surprise de ne pas le retrouver là ou nous l’avions ancré..

Il était tranquillement amarré aux pontons de l’association, soit disant pas la « police », mais je soupçonne le zèle de certains membres de l’association pas vraiment contant de voir arriver des zouaves dans leur « yacht club » local. Quoi qu’il en soit, j’obtiens de payer une fois le mois échu.

J’héberge Clém sur le bateau le temps qu’il trouve de quoi rentrer. On s’occupe comme on peut. On fais la rencontre de Joao et Lénita. Joao nous embauche pour démâter son voilier et réparer deux trois trucs. On fait une sortie pêche. Lénita nous fais découvrir les subtilités de la cuisine portugaise. Il nous prennent sous leur aile comme des parents adoptifs. Je reçois entre temps un mail de Bordeaux, du boulot pour le printemps. J’avais presque commencé à me faire à l’idée de bosser au Portugal mais une saison de trois mois mieux payée me permettra de plus largement remplir la caisse de bord.

Après quelques parties endiablée de tarot avec Alain et Danièle, Clém prend un covoiturage vers l’Espagne. Je profite de la solitude pour apprendre le portugais, me met au surf, bricole, fait des rencontres, retourne à la pêche avec Joao, ma soeur viens me rendre visite avant son départ vers l’Asie et le Canada.

J’ai finalement trouvé l’endroit où ma Vénus pourra m’attendre tendrement pendant les 4 mois où je serais absent: Sao Jacinto. A l’entrée de la ria, dans une alcôve protégée du courant du chenal par une digue, se trouve le petit village de Sao Jacinto, accessible uniquement par un ferry ou en faisant le tour de la ria par la route. Le lieu à l’air sûr quoique venteux. Le moment venu, et non sans appréhension, je mouille le navire sur deux lignes, note le point GPS et effectue une dernière prière; trois slips, une chemise, un disque durs et ma combi de surf au fond d’un sac étanche, je prends un avion pour la France, une bonne étoile devra veiller sur ma maison, mes rêves et mes projets de voyage.

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