Vagabond des mers du globe.

L’estuaire, pas une mince affaire..

Réveil matin cinq heure, j’me réveille comme une fleur: «ça va le mousse, bien dormi?» pas de réponse, tant pis. Diesel en route, café vite englouti, on largue dangereusement cette foutu bouée de Pauillac, sur tribord, l’aube pointe timidement son nez. Une petite brise d’Est s’est établie aux environs de dix nœuds, on hisse la grand voile. Ça file grand largue.

Les bouées défilent tranquillement le long du chenal, on les voit moins bien la journée que la nuit. Arrivée prévue à Royan 11h, on ne se méfie encore de rien. Tranquillement, mais sûrement, le vent forci. On tape des pointes à 11 nœud « fond ». Le vent étant bien placé, je lance au mousse.

– Clém! tiens, prend la barre, je passe à l’avant pour hisser le génois.

– Bonne idée patron !

Il faut dire que notre petit bord de voile nocturne entre Bordeaux et Pauillac, tiré contre l’avis éclairé de notre ami Antoine, nous avait galvanisé. Fier, Clément prend la barre. Je lance la maneuvre, au pied de mât, commence à souquer sur la drisse.

– Bordel Clém, garde moi c’te putain de voile deventée !

Le mousse est débordé, entre la petite houle croisée de l’estuaire qui commence à se montrer et le vent qui a sacrément forci, je l’ai envoyé au casse pipe sans m’en rendre compte. Entre temps, le genois s’ai foutu en drapeau et enroulé autour de l’etais.

-Ecoute mec, on va se foutre bout au vent, on affale tout et on se fini ça tranquillement

-Ouais, putain t’es sur?

-T’inquiète, faut tomber la voile avec ce vent et on va pas faire les cowboy sur l’estuaire.

Clém pousse sur la barre.

Putain, c’est quoi ce bordel?

En lofant, le bateau prend quarante degrés de gîte dans la gueule. La G.V. n’a même pas le temps de faseyer. Crac ! La couture lâche 30cm sous la têtière. Je me précipite sur la drisse – en vérité, le nerf de chute qui pendouille – pour affaler ce qu’il reste de toile. Je ne retranscrirais pas ici la pléiade de noms et compliments affectueux que le mousse, pris par un élan d’inspiration lyrique, déclama à son capitaine, le clavier gougueule censurant – comme vous avez pu le remarquer – les termes choquants.

Il s’averera par la suite que Royan qui n’etait qu’a une dixaine de milles au plus, fut bien plus difficile à conquérir qu’on ne le pensait.

Gros coéf, marée basse, moral mis à rude épreuve et houle croisé, hachée, bi-retournée, triplascencionelle, bref une belle merde à roulis capable de faire vomir même un cheval, ont sapé notre moral jusqu’à ce que le glas des 3h avant pleine mer nous permettent de passer la digue plus ou moins sereinement – ndlr, voir la sonde sur la carte ci-dessus. L’estuaire avait eu raison de nous, il nous restait quatre jours pour choper le créneau de vent d’Est, quatre dont un weekend pour faire refaire une voile, un brin d’élec, nous armer pour le Golfe.. Voudrait-il de nous? Voulions nous de lui?

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1 Comment

  1. Laura Zani décembre 2016

    Coucou, merci pour ce nouvel épisode! Jj’avoue ne rien avoir compris à tous ces termes marins que tu emploies mais j’ai quand meme saisi que vous avez vécu des moments…intenses pour ainsi dire, pour conquérir Royan! Mon dieu, quelle suspense : comme dans les meilleurs films d’aventure! Bonne route pour le Portugal à toi, esprit libre guidé par le vent.

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