Vagabond des mers du globe.

Nietzsche, extrait #1

J’appelle véridique, celui qui s’en va dans des déserts d’où Dieux est absent et qui a brisé son coeur vénérateur. Dans le sable jaune, brûlé par le soleil, il louche, assoiffé, vers les îles aux sources abondantes où des êtres vivants se reposent sous des arbres sombres. Mais sa soif ne parviens pas à le convaincre de devenir comme ces satisfaits par le bien-être: car là où il y a des oasis, il y a aussi des idoles. Affamé, violent, solitaire, sans-dieu: c’est ainsi que se veut la volonté du lion. Délivrée du bonheur des valets, délivrée des dieux et des adorations, sans crainte et terrible, grande et solitaire: telle est la volonté de celui qui est véridique. Depuis toujours les véridiques, les esprits libres ont habité le désert, maîtres du désert; mais dans les villes habitent les sages illustres, bien nourris, les animaux de trait. En effet, ils ne cessent de tirer, en ânes, la cariole du peuple.

[…]
N’avez-vous jamais vu passer les voiles sur la mer, gonflées, arrondies, tremblantes sous la violence du vent impétueux ? Pareille à la voile tremblante sous le vent impétueux, ma sagesse passe sur la mer, ma sagesse sauvage! Mais vous, serviteurs du peuple, sages illustres, comment pourriez-vous aller avec moi?

Ainsi parlait Zahrathoustra.

« Des sages illustres », Ainsi parlait Zahrathoustra, édition Le livre de Poche, p.128, 129.

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