Vagabond des mers du globe.

Royan, la porte du Golfe

50 milles dans les bottes et le moral des troupes était déjà dans les chaussettes, arrivés à Royan. Ni le chauffeau de la marina, ni la bonne sieste méritée ne purrent avoir raison de la grisaille. Le mousse n’en menait pas large non plus mais gardait son entrain, ce qui était déjà ça. Le passage de l’état terrestre à l’état marin s’opperait dans la violence. Retrouver des réflexes, penser efficace, supporter l’incessant bourlingage, autant de qualités et de savoir faire que ce long hivernage aux Bassins à Flot avait pris soint de noyer sous des litres de bière et des kilomètres de papier à poncer, kilos de résine – epoxy, je precise – et autres plaisirs matériels.

La mer, elle, restait aérienne; incarnée, certes, mais c’est dans sont état céleste que nous navigons. Elle nous invite à nous plonger dans un éveil léthargique, forme de transe. Le passage vers cette autre dimension ne pouvait se faire naturellement, telle une seconde naissance. L’énergie me manquait pour opérer le saut. Le confort uterain de la terre, de la société, du connu, du quotidient me retenait. J’avais besoin d’un gourou, un spécialiste du transcendentalisme nautique, comme Alain avait été le chamane incongru qui m’avait fait découvrir la voile et le vagabondage, comme Dominique avait été le marabout forcené qui m’avait poussé de son innebranlable détermination vers mon rêve quand j’avais décidé de vivre en voilier, c’etait au tour d’Olivier de se faire mon passeur de fortune, sa peau tannée de voyageur des mer soixante-huitard vissé à Patty Smith et aux Doors, rompu à la poésie éthylique d’une vie de marin hippie.

Le message qu’il m’envoyait par les ondes de la modernité n’en était pas moins ésotérique. Comment baisser les bras devant un défi lancé avec autant de bienveillance par un amis? Et mon âme de bouffeur d’embruns de se réveiller au fond de sa caverne et de me remettre sur la voie de l’azur et de l’éther: Royan sera la porte qui nous ouvrira le Golfe, même au mois de décembre, même avec un mousse inexpérimenté, même avec un bateau pas fini, même avec la peur, avec le froid, avec la nuit, avec le vent, avec le sel, avec la fatigue; le créneau météo restait bon et le marin devait être droit dans ses bottes. J’avais ce qu’il falait de lucidité et de folie pour plonger dans cette nouvelle vie.

Après ce coup de fouet, tout est allé très vite; Clém me voyant reprendre confiance était remonté à bloc. Il a bricolé de l’électricité, fais de l’apro. Chance, on trouve un type pour nous faire la voile en deux jours. On bichone notre Vénus et notre moral aussi, restaus, la ville est pleine de petites pépés – la royanaise vaut le détour. Arnaud me rapporte ma nouvelle voile « à corne ». Il batise son nouveau bateau le soir même, apéro, nous file du matos de pêche, on nous déconseille de sortir le landemain par 4 mètres de houle, à 6h du matin, dans la nuit, sans radar. Trop tard, nous y sommes déjà, la nuit. Dans 4h on allumera le bourrin, et Vénus nous portera au devant de notre destin. Golfe, méfie toi, car nous aurons raison de toi, si tu n’as pas raison de nous!

Ps: j’en profite pour souhaiter un belle et heureuse année 2017 à toutes celles et ceux qui me lisent – le décalage se creuse entre la réalité et sa prose. Paix et amour sur nos corps et nos esprits!

Pps: car il y a des blondes dans l’assemblée, n’hésitez pas à demander une explication en commentaire si un terme marin vous semble choquant ou incompris, je suis sûr qu’un amiral de passage vous répondra. A très vite pour de nouvelles aventures ! <3

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1 Comment

  1. bdebon janvier 2017

    Trop cool les gars. C’est dingue ce que vous faites et je suis mega fier de vous d’avoir enfin décollé ! À vite mes fiables !

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